• Nils Kehrberg, Motivaktiv, Düsseldorf, Sportwissenschaftler

    Nils Kehrberg

    Monteur de vélos professionnel

    M.Sc. scientifique du sport

    Plus de 450 montages de vélos par an

  • Jen Newbery

    Monteur de vélos professionnel

    physiothérapeute

    Ancien triathlète d'élite

Les défis des femmes dans le cyclisme : parler guidon

Nils Kehrberg

J'ai travaillé avec des centaines de cyclistes, des débutants aux athlètes de haut niveau. Je constate régulièrement l'inconfort causé par des guidons trop larges pour l'anatomie du cycliste. Si des guidons plus larges peuvent offrir stabilité et contrôle, ils sont souvent choisis sans tenir compte des paramètres individuels.

Bien que certains fabricants proposent désormais des guidons plus étroits, les largeurs par défaut restent souvent inadaptées aux cyclistes au buste plus compact. En pratique, cela entraîne souvent une cascade de problèmes : des mains engourdies et une gêne aux poignets, à la fatigue des triceps et aux tensions dans la nuque et les épaules. Un guidon plus large augmente également la portée des commandes, incitant les cyclistes à rouler les épaules vers l'avant, ce qui, je le constate régulièrement, contribue aux tensions posturales lors des longues sorties ou des courses.

Pour déterminer la largeur idéale du guidon, il est essentiel de prendre des mesures anatomiques précises, notamment la largeur des épaules, et de tenir compte de l'utilisation prévue du vélo ainsi que de la posture du cycliste. Cependant, l'UCI imposant désormais une largeur minimale de guidon de 40 cm (mesurée d'extérieur en extérieur), cette personnalisation est fortement restreinte, notamment pour les cyclistes de petite taille et les femmes.

Comme ce sujet traite de la physiologie et des expériences spécifiques aux femmes, je n'ai pas souhaité rédiger cet article seule. Il me semblait important d'inclure une voix féminine. Pour explorer l'impact de la nouvelle réglementation et les défis plus larges auxquels les femmes sont confrontées en matière d'ergonomie cycliste, je me suis entretenue avec Jen Newbery, monteur de vélos expérimenté, physiothérapeute et ancienne triathlète professionnelle de Sheffield, au Royaume-Uni, qui travaille en étroite collaboration avec des cyclistes féminines, tant en loisir qu'en compétition.

N : Commençons par le cœur du problème. De votre point de vue de monteur et ancien athlète professionnel, comment évaluez-vous la nouvelle réglementation UCI sur la largeur du guidon, notamment en termes de biomécanique et de performance pour les cyclistes féminines ?

J : La nouvelle réglementation UCI sur la largeur du guidon suscite d'importantes inquiétudes, notamment concernant son impact sur les coureuses. D'un point de vue biomécanique, elle semble ne pas tenir suffisamment compte des différences anatomiques naturelles entre les athlètes masculins et féminins. Les femmes ont généralement des épaules plus étroites que les hommes et, par conséquent, roulent souvent avec un guidon plus étroit pour répondre à leurs besoins biomécaniques spécifiques et optimiser leur confort, leur contrôle et leurs performances.

« Pour de nombreuses femmes, un guidon de 40 cm est tout simplement trop large, ce qui peut compromettre la maniabilité du vélo, l'efficacité et même augmenter le risque de blessure en raison d'un mauvais positionnement. »

Jen Newbery, monteur de vélos professionnel

N : Lors de mes nombreux essayages, j’ai constaté qu’un guidon plus large non seulement est source d’inconfort, mais peut aussi entraîner un engourdissement des mains, des tensions aux épaules ou une perte de contrôle du vélo, en particulier chez les femmes aux épaules plus étroites. Quel impact constatez-vous sur le confort, les performances et la sécurité d’un guidon de 40 cm de large ?

J : En imposant une largeur minimale de guidon, comme la norme proposée de 40 cm, le nouveau règlement risque de désavantager une part importante du peloton féminin. Pour de nombreuses femmes, un guidon de 40 cm est tout simplement trop large, ce qui peut compromettre la maniabilité et l'efficacité du vélo, voire augmenter le risque de blessure en raison d'un mauvais positionnement. Une performance optimale en cyclisme dépend fortement de la capacité d'un cycliste à adapter son équipement à sa morphologie. Une approche unique, notamment pour un point de contact aussi critique que le guidon, remet en cause ce principe. En l'état actuel des choses, la règle pourrait avoir un impact disproportionné sur les coureuses et limiter leur capacité à concourir sur un pied d'égalité, soulignant la nécessité pour l'UCI de revoir le règlement en tenant davantage compte des réalités biomécaniques spécifiques à chaque sexe.

N : En parlant de performance, on la perçoit souvent comme quelque chose qui doit se faire au détriment du confort. Mais dans les configurations que je développe avec mes athlètes, j’ai souvent constaté l’inverse. Seul un cycliste vraiment à l’aise sur son vélo peut performer au maximum. L’inconfort crée des tensions, perturbe les mouvements et entraîne une fatigue précoce. La vraie performance naît d’un travail avec le corps, et non contre lui, et cela commence par une position que l’athlète peut maintenir avec confiance et efficacité. Êtes-vous d’accord pour dire que confort et performance ne sont pas incompatibles et qu’optimiser le confort peut réellement libérer un potentiel de course accru ?

J : Je suis tout à fait d’accord. Le confort est directement lié à la performance. Lorsqu’un pilote ressent de la douleur ou de l’inconfort, sa capacité à générer efficacement de la puissance et à maintenir une position aérodynamique est compromise. De plus, la maniabilité devient plus difficile, surtout dans les virages serrés ou techniques, car le pilote doit évoluer en dehors de sa biomécanique naturelle. Trop tendre le bras peut également augmenter le risque de perte de contrôle de la moto dans des situations de course sous pression. Au-delà des problèmes de performance, les implications en matière de sécurité sont tout aussi graves. Un mauvais ajustement peut entraîner une compression nerveuse, entraînant des symptômes tels qu’engourdissements, fourmillements et perte de sensibilité dans les mains. À terme, cela réduit non seulement le contrôle de la moto, mais peut également contribuer à des blessures dues à une surutilisation.

N : L’UCI affirme que ce règlement améliore la sécurité des coureurs. D’après ce que je constate en pratique, un mauvais ajustement entraîne souvent un risque accru, et non réduit. Êtes-vous d’accord ?

J : Absolument. D’un point de vue biomécanique et pratique, cette décision pourrait en réalité réduire la sécurité des cyclistes, en particulier ceux aux épaules étroites, ce qui représente la grande majorité des cyclistes féminines. Forcer les cyclistes à utiliser un guidon trop large pour leur morphologie compromet le confort, le contrôle et la maniabilité.

N : Prenons un peu de recul. Je constate souvent que ce n’est pas seulement la largeur du guidon qui est inadaptée. D’autres composants, comme la longueur des manivelles, la longueur de la potence et la géométrie générale du cadre, sont également souvent inadaptés. Les manivelles, par exemple, sont souvent trop longues, et nous recommandons régulièrement de les raccourcir. Les avantages sont évidents : moins de contraintes sur les hanches et les genoux, et une meilleure capacité à maintenir une position aérodynamique et durable.

En ce qui concerne les cadres et composants spécifiques aux femmes, je constate souvent que les cyclistes de petite taille, surtout les femmes, ont du mal avec des configurations standard qui ne correspondent tout simplement pas à leurs proportions. Des manivelles trop longues, des cintres larges et des potences intégrées rendent souvent difficile l'obtention d'un réglage efficace et confortable sans modifications coûteuses. Quels sont les problèmes ergonomiques les plus fréquents que vous rencontrez dans votre travail avec les cyclistes féminines ?

J : Je te rejoins entièrement. Même lorsque la taille du cadre est adaptée, les composants fournis, comme les manivelles, le guidon et la potence, sont souvent trop grands. Par exemple, il est courant de voir des vélos de taille XS équipés de manivelles de 170 mm, souvent trop longues pour des cyclistes de cette taille.

Il existe également une nette disparité entre les modèles d'entrée de gamme et les modèles haut de gamme. Par exemple, chez de nombreux fabricants, les modèles les moins chers ne sont disponibles qu'en taille S ou XS avec des manivelles de 170 mm, tandis que les modèles plus chers proposent des tailles 2XS, voire 3XS, avec des manivelles de 165 mm plus adaptées. Cela signifie que les femmes de petite taille sont souvent exclues des modèles plus abordables qui pourraient pourtant répondre à leurs besoins.

N : En tant que spécialiste en fitness, il est frustrant de constater que ces difficultés sont encore si fréquentes. Je critique également les systèmes de dimensionnement des vélos qui se basent uniquement sur les mensurations corporelles pour recommander la taille du cadre. D'après mon expérience, des facteurs individuels comme la souplesse, la force et les limitations comme les conflits de hanche ou la scoliose ont une influence considérable sur le choix du vélo et doivent toujours être pris en compte. Il est donc extrêmement difficile de choisir non seulement la bonne taille de cadre, mais aussi la géométrie la plus adaptée, sans prendre en compte ces facteurs dans le processus décisionnel.

Certaines marques, comme Orbea, proposent désormais davantage d'options de personnalisation, comme des cadres plus petits avec des manivelles de 165 mm et un guidon plus étroit de 36 cm, ce qui peut faire toute la différence pour les cyclistes aux proportions plus compactes. C'est une évolution positive, même si elle reste l'exception.

Que pensez-vous de l'offre actuelle des grandes marques en matière de vélos et de composants spécifiques aux femmes ? Pensez-vous que le secteur évolue dans la bonne direction ?

« En tant qu'installateur, il est frustrant de constater que ces défis sont encore si courants. »

Nils Kehrberg, monteur de vélos professionnel

J : De nombreuses femmes utilisent des vélos qui ne sont tout simplement pas conçus pour leurs morphologies. L’un des principaux facteurs est que les tailles de vélos sont encore largement basées sur des normes masculines. De nombreux magasins de vélos se basent largement sur des tableaux de tailles génériques sans pleinement comprendre les différences anatomiques entre les hommes et les femmes. Par conséquent, les femmes se voient souvent vendre des vélos qui ne leur conviennent pas, ce qui entraîne inconfort, baisse de performance et risque accru de blessures à long terme.

La gamme de cadres et de composants de vélo spécifiques aux femmes n'a jamais été vraiment adéquate, et je dirais même qu'elle reste largement insuffisante, notamment pour les cyclistes de petite taille. Il y a tout simplement plus de femmes de petite taille que d'hommes de petite taille, et pourtant le marché continue de sous-desservir ce segment.

Liv a également fait des efforts en proposant des cadres de taille XS avec des manivelles de 165 mm, mais l'industrie dans son ensemble ne répond toujours pas aux besoins réels des cyclistes féminines. Des tailles plus inclusives et des composants aux spécifications adaptées devraient être la norme, et non l'exception.

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N : Au-delà de l’ajustement du vélo : que faut-il changer pour rendre le cyclisme plus égalitaire et plus juste pour les femmes ?

J : Avant tout, l’égalité salariale est essentielle. Les cyclistes féminines s’entraînent et concourent souvent au même niveau d’élite que leurs homologues masculins, mais ne sont ni rémunérées ni soutenues en conséquence. Cette disparité envoie un message clair sur la valeur accordée au sport féminin et il faut que cela change.

Deuxièmement, nous devons mener davantage de recherches spécifiquement axées sur les athlètes féminines. Trop souvent, les résultats des études menées sur les hommes sont simplement appliqués aux femmes, malgré des différences physiologiques, hormonales et biomécaniques évidentes. Les femmes ne sont pas que de simples « petits hommes », et les stratégies d'entraînement, d'équipement et de nutrition devraient refléter cette réalité.

Une meilleure couverture médiatique, notamment grâce à des retransmissions télévisées plus régulières et de meilleure qualité, est également essentielle. La visibilité stimule le sponsoring, l'engagement des fans et, in fine, la croissance du sport. De même, un soutien et une promotion accrus sur les réseaux sociaux peuvent contribuer à amplifier la voix et les performances des athlètes féminines.

Ensemble, ces changements amélioreraient non seulement les conditions de vie des femmes qui pratiquent actuellement ce sport, mais contribueraient également à inspirer la prochaine génération de cyclistes féminines en leur montrant qu’elles ont leur place et peuvent s’épanouir à tous les niveaux du sport.

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Merci à tous les co-auteurs :


Jen Newbery : https://ukbikefit.com/
Chapeau chic : https://www.schickemuetze.de/
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